- Témoignage d’une infirmière présente le 28 avril -> par là

- Une autre street medic, le 1er mai -> par ici

- Une analyse pertinente et à relayer qui cerne très bien ce que nous avons vécu dans ces manifs

- Comment ça, des médias sous influence ? Ben si.

Les Corps Sonores – Fig. 15

Dans l’air du temps

#DumbledoreDebout

{clic}

Les Corps Sonores – Fig. 13

Les Corps Sonores – Fig. 4


Alors que les grands médias couvrent la polémique en pointant que « seulement » 12% des auteurs de bande dessinée seraient des femmes (un exemple ici), le délégué général du festival d’Angoulême a martelé à tue-tête que cette année 25% de la sélection officielle du FIBD était produite par des femmes alors qu’elles sont moins de 13% dans le métier, le FIBD serait donc en avance sur notre époque ! Pendant son discours d’ouverture du FIBD 2016 il avait d’ailleurs déclaré que les femmes étaient sur-représentées. Il avait dû se laisser inspirer par Lewis Trondheim qui, la veille, avait envisagé « Puisque vous voulez 12% de femmes dans la sélection du Grand Prix, on va les mettre. Et pour la sélection officielle des livres en compétition, on avait mis 24% de femmes sans réfléchir, on va redescendre ce chiffre à 12%».

Ce chiffre à qui l’on fait dire ce qu’on veut est tiré du rapport 2015 de l’ACBD (page 34). L’Association des Critiques de Bande Dessinée publie chaque année un catalogue de statistiques, c’est un travail énorme à fournir (et il me semble qu’il est fait bénévolement) qui mérite d’être applaudi.
Le problème ici est le mode de décompte des auteurs, qui est non seulement flou mais qui ne correspond plus aux manières actuelles de publier de la bande dessinée et de se revendiquer auteur.e. Le rapporteur le reconnaît lui-même, et je m’en vais expliquer ce point. Les critères de décompte sont les suivants :
«Avoir au moins 3 albums disponibles au catalogue d’éditeurs bien diffusés et un contrat en cours ou un emploi régulier dans la presse ou l’illustration.»
Tout d’abord ce rapport ne concerne que les éditeurs et auteurs « sur le territoire francophone européen »(voir page 2). Qu’en est-il des autres ? Les auteurs et éditeurs québécois par exemple  ?

« Bien diffusés »

Ça commence où pour un éditeur d’être « bien diffusé » ? Si l’éditeur qui a acheté notre projet est « mal » diffusé ne sommes-nous plus auteur.e pour autant ?

« 3 albums et un contrat en cours (chez un éditeur bien diffusé) »

En fait même pour moi qui ai vécu pendant des années en tant qu’autrice de bande dessinée, le rapport de l’ACBD estime que non je n’étais pas autrice, puisque je ne rentrais pas dans ces critères. L’un de mes livres étant publié chez BdMusic dont la faille principale est bien la diffusion (de quoi rendre fous les libraires qui m’invitent en dédicace), même si je vis avec beaucoup de chance de mon statut d’auteur uniquement et ce depuis 2009, l’ACBD ne me considère autrice professionnelle que depuis l’été dernier.

Beaucoup d’auteurs et donc d’autrices n’y sont pas représenté.e.s car soit trop jeunes pour avoir accumulé autant d’œuvres soit parce que leurs modes de création et de survie ne rentrent pas dans les critères décrits : longs romans graphiques, publications à compte d’auteur ou d’éditeur « mal » diffusé, bourses de création, enseignement, boulots alimentaires hors dessin de presse et illustration, webcomics, crowdfunding… Imaginons que les critères de l’ACBD soient transposés au cinéma. Lorsqu’Orson Welles réalise son premier long métrage Citizen Kane il n’aurait pas été considéré comme réalisateur ?

En réalité les femmes seraient entre 25 et 30% des auteur.e.s francophones de bande dessinée. L’enquête des États Généraux qui a reçu 1469 réponses d’auteur.e.s appuie ce constat : 27% des auteurs interrogés sont des femmes. Plus de la moitié des auteur.e.s ayant répondu ont moins de 40 ans. Sur cette tranche d’âge les autrices représentent 62% des auteurs interrogés. 62% ! Le critère d’établissement de cette statistique ? Se considérer comme auteur.e de bande dessinée. Point.

Alors sérieusement… Qu’on arrête de dire que nous sommes 12,4%.
Ne prenez pas pour argent comptant les statistiques qu’on ne vous explique pas.



(Edit : Étant donné que mon troisième livre publié chez « un éditeur bien diffusé » était en fait un tirage limité qui doit être épuisé à l’heure où je parle, je ne rentre peut-être toujours pas dans les critères de l’ACBD et ne serais donc pas autrice.)

Dans la colère ambiante je me permets de reposter ceci, originairement créé à l’instauration de l’état « d’urgence ».

Les Corps Sonores – Fig. 17