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- À SUIVRE -

Seulement deux liens aujourd’hui :

-Nouvelle tribune de Pascal Maillard (qui a récemment écrit « La fabrique de la violence », très partagé sur les réseaux sociaux) : Que vaut un État qui fabrique de la violence et emprisonne les victimes d’un « état d’urgence » liberticide? Cinq ans de prison ferme requis contre Manon alors qu’elle voulait simplement défendre un manifestant qui se faisait matraquer. Après la police, c’est la justice qui devient l’instrument d’un gouvernement qui terrorise la jeunesse et propage la peur pour casser le mouvement social.

- Explications et débat autour du syndicalisme révolutionnaire et de la démocratie capitaliste, en partant du constat que le capitalisme vit une crise grave : celle de sa valorisation.

Corps Sonores – Fig. 12

Aujourd’hui est la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Tous les jours nous sommes insulté.e.s, agressé.e.s, assassiné.e.s, et ce sur tous les continents.

Les Corps Sonores – Fig. 09

Temps de lecture : 7 minutes. Pour lire depuis un smartphone -> clic

La première fois où j’ai ressenti que Nuit Debout servait à quelque chose c’était le mercredi 20 avril à 19h52, à la Bourse du Travail de Paris. La première fois où j’ai ressenti que le mouvement risquait de vite s’effondrer sur lui-même c’était au même endroit moins de deux heures plus tard.

J’étais allée à ce fameux rendez-vous lancé par Fakir : « Nuit Debout, l’étape d’après ? ». Défilèrent alors syndicats et intellectuels, personnes de terrain et universitaires investi.e.s. C’est là que pour la première fois j’ai entendu le compte-rendu de toutes les actions disparates qui avaient été menées pendant les trois premières semaines du mouvement, tous ces grains de sable dans les rouages du système destructeur, et qui de surcroît avaient fonctionné et obtenu gain de cause. Ça n’était pas médiatisé mais ça marchait. Les vocales envoyées par Frédéric Lordon, succédant aux intervenants déjà remontés, finirent de rendre la salle euphorique et prête à avaler l’Assemblée Nationale d’une bouchée. Pourtant le bon vin tourna au vinaigre. François Ruffin annonça qu’il fallait quitter la salle dans une heure, et sortir de là avec des propositions concrètes quant à la suite du mouvement, que nous apporterions à l’AG de Nuit Debout. Le micro défila dans la salle, chacun n’étant autorisé qu’à parler une minute et à faire des propositions tangibles. Beaucoup de temps fut perdu par confusion, le micro fut pris des mains de certain.e.s, les huées et sifflements ricochaient d’un bout à l’autre, l’agressivité et la frustration commencèrent à monter, opaques. Et surtout, les discours ne tournaient qu’autour de la loi El Khomri. Il me semblait pourtant que Nuit Debout était un mouvement global, qui dénonçait tout un système. J’avais bien des propositions à faire à ce sujet, mais pas en 59 secondes ni face à une foule qui s’engueulait ou n’écoutait déjà plus. Au final, il fut décidé de tenter une alliance Nuit Debout/Syndicats (qui comme on l’a constaté ensuite a plus ou moins pris selon les villes) et Ruffin canalisa la colère ambiante en nous faisant faire un serment :
« Je ne voterai jamais plus PS ! »

Cette soirée est pour moi assez représentative de l’idée que je me fais du mouvement.
Le lendemain je décidai d’exprimer mes propositions à l’Assemblée Populaire sur la place de la République. En deux minutes de tour de parole, tétanisée de prendre le micro face à une telle foule, en recevant l’opposition radicale de quelqu’un qui vint directement contrer mon discours puis interrompue par une tierce personne – qui semblait tout sauf sobre – déterminée à me prendre le micro des mains, autant dire que ce ne fut pas facile.
Voici donc, un peu plus posément, ce que j’y ai exprimé.

Si nous cherchons à « leur faire peur » il ne faut pas négliger ce que nous sommes pour eux : des consommateurs et de la matière combustible.

Consommateurs

En partant du constat que les États sont menés à la baguette par les lois du marché et les grandes multinationales, nous avons déjà le pouvoir de leur tenir tête avec notre portefeuille.
Par exemple, tous les foyers ordinaires contiennent des produits Monsanto. Il n’y a pas une pièce de la maison qui ne soit pas sous son emprise. Concernant les enseignes de grande distribution vendant ces produits, s’ils ne sous-paient pas leurs effectifs ou jettent les denrées alimentaires, il y a de bonnes chances que leurs directeurs soient évadés fiscaux ou impliqués dans des affaires de violations des droits humains au travail dans les pays en développement (voir sources fin d’article). Quid des 2 tonnes de CO2 pour apporter une banane jusque notre cuisine depuis ces pays ? Quid de l’argent privé et public versé aux banques qui sont coupables de blanchiment d’argent, de manipulation des taux et d’ententes illégales ? Quid de la presse française qui confisque nos réalités au bon vouloir de leurs patrons ?

Une révolution n’aura jamais lieu si on ne remet que les autres en cause. Appliquons nous-même ce qu’on réclame. À chaque moment de notre quotidien nous avons le choix de nourrir ou non la reine de la fourmilière. Mais ça prend du temps, une attention constante, des compromis réels. La grève générale – celle de la consommation – aurait déjà pu avoir lieu, si tous les nuit-deboutistes appliquaient un boycott drastique. Je ne jette pas la pierre, le boycott est un travail de chaque instant, difficile à maintenir pour moi aussi. Comme anticipait déjà Aldous Huxley : « La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. »

Matière combustible

J’en viens au sujet sensible du rapport de Nuit Debout à la police.
Autant au sein de ce mouvement il y a parfois conflit entre ceux qui privilégient les assemblées populaires et ceux qui préfèrent les actions, autant le sujet de la police y divise encore plus, parfois viscéralement, pour ce que j’ai pu observer.
Ce que j’ai dit à l’AG du 21 avril – et je le redis ici – c’est que nous sommes de la matière combustible pour ceux qui gouvernent, et la police l’est autant que nous. Ils gouvernent et nous sommes le charbon. Pour les nourrir, pour leur produire ceci ou cela, pour construire leurs villas, nettoyer leurs chiottes, ramasser leurs ordures, conduire leurs taxis, servir leurs apéritifs, pour les protéger, les divertir, les interviewer, pour aller se prendre des balles sur les champs de bataille qu’ils créent.

Si « nous sommes les 99% », je ne vois pas pourquoi les officiers de police en seraient exclu.e.s, ni pourquoi ils/elles se sentiraient mieux lotis que nous.
En fait tant que nous – contestataires – et policier.e.s nous mettrons sur la gueule, ça arrangera toujours les mêmes : ceux qui nous régissent.
Je ne crois pas que le vent tournera si Nuit Debout renie avoir des frères, des mères, des ami.e.s travaillant dans des commissariats. J’ai un cousin policier, qui m’emmenait voir des concerts reggae quand j’étais ado. Je ne me suis pas mise à le détester lorsque ses acolytes nous aspergeaient de gaz lacrymo dans les manifs. Si j’en ai après quelqu’un ce n’est pas après les pions du préfet et du gouvernement. Et je ne perds pas de vue que, comme dans n’importe quelle frange de la société, il y a des salauds et des perles.
Si Nuit Debout soutient les travailleurs en lutte, quand va-t-on évoquer le fait que les employé.e.s de la police nationale peuvent être en lutte autant que nous ?
J’ai exprimé le même message à l’AG de Nuit Debout Angoulême le lendemain, vendredi 22 avril. J’ai suggéré que nous trouvions un moyen de communiquer avec la police, rédiger un flyer à leur attention. L’idée a plu, une dizaine de personnes se sont détachées du groupe et ensemble nous avons commencé à dresser une liste d’arguments, à même le pavé. Nuit Debout Brissac a été encore plus efficace que nous, allant jusqu’à rédiger un communiqué de presse avec la CGT Police pour un rapprochement entre le mouvement citoyen et la police nationale.

Avez-vous remarqué qu’on ne parle plus de gardiens de la paix mais seulement de forces de l’ordre ? Le choix des mots est important, la police est censée être un service public. Alors que le code de déontologie de la police nationale est subordonné au respect de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen et de la Constitution, on ne dit pas bonjour aux policiers comme on salue notre facteur, ce sont des oiseaux de mauvaise augure.
Doit-on rappeler la politique qu’a initié Nicolas Sarkosy, en arrivant au ministère de l’intérieur (ère post 11-Septembre) ? Il s’empressa de supprimer les postes d’ilotiers (police de proximité) mis en place dans les quartiers. Il voulait une police d’ordre et d’affrontement, pas une police qui travaille avec ou pour la population. S’éloignant de sa mission officielle la police nationale redevint une police au service de l’État (comme sous Vichy), non plus du citoyen. Puis, puis… puis…

Je ne sais pas ce que les nuit-deboutistes parisiens décideront de faire lors de la manifestation de la police ce 18 mai, piège tendu sur la Place de la République, mais ne perdons pas de vue que tant qu’eux et nous nous affronterons, notre cible continue son train de vie, bien pépère. Car nous restons des consommateurs contents et de la matière combustible efficace.

- À SUIVRE -

Pour rappel historique : lorsque le matin du 14 juillet 1789 la foule des parisien.ne.s insurgé.e.s forcèrent l’entrée des Invalides pour s’emparer des armes qui y étaient entreposées, les canons ne leur tirèrent pas dessus. Les différents régiments présents refusèrent de s’en prendre aux émeutiers. Sans ce revirement, qui sait comment aurait eu lieu notre Révolution française.

S O U R C E S   &   R I C O C H E T S

- Italie : des policiers retirent leurs casques en soutien signe de soutien aux manifestants. Même exemple récemment en Thaïlande.

- « La crise actuelle tient aussi dans ce que les gouvernants, de gauche comme de droite, (…) refusent d’assumer que la police ne peut pas tout faire, et qu’elle ne peut pas tout résoudre par la force. « Christian Mouhanna parle de son étude sociologique menée sur 15 ans au sein des services de police. Il parlait également des ilotiers et de la politique Sarkosy aussi sur France Culture : « La police contre les citoyens ? »

- Un CRS témoigne : « Je suis devenu un pion politique ».

- Un ami policier me disait : « Il y a des gens violents des deux bords, dont le gouvernement se sert pour discréditer le mouvement. Aucun ordre clair n’est donné aux forces de l’ordre, et ça pousse au conflit. On nous fout autour de Répu et on nous dit : Empêchez-les de bouger… ». Par conviction, il s’est engagé pour défendre la République. Il a fini sa bière en me disant : « Ce que je fais en moment, c’est pas ça, la police. »

- « Je suis un casseur et je suis sympa »

- « Je ne sais pas ce que veut dire l’ « ordre public », sûrement une forme de vie sociale réduite à se faire exploiter et consommer. En tout cas, la police est là pour maintenir l’ordre social, l’ordre économique, l’ordre politique. Tout cela par l’emploi de la coercition. C’est une des institutions qui participent à la reproduction de cette société pyramidale. Il y’en a d’autres, mais celle-là revendique le monopole de la violence. Elle est là pour distribuer la violence dont les classes dominantes ont besoin. »

- « Tant que nous penserons que nous n’avons pas les compétences requises pour parler de politique, la cause sera perdue. »

- Enquête sur la guerre invisible que les multinationales livrent aux États.

- Les 100 personnes les plus riches ont un revenu annuel qui permettrait d’éradiquer 4 fois la pauvreté dans le monde.

- Découvrez le casier judiciaire de votre banque.

- Passez le test « How many slaves work for you ? »

- Carrefour condamné, les enseignes impliquées dans la catastrophe du Rana Plaza, dont d’ailleurs Auchan dont la direction est suspectée d’évasion fiscale.

- Histoire de Monsanto

- La liste des marques Monsanto à boycotter

- Développement durable VS Décroissance: débat intéressant sur les aléas concrets etc.
J’entendais ailleurs une discussion à propos de l’énergie humaine qui suffirait à créer de l’électricité, par exemple en marchant sur des structures fonctionnant avec ferromagnétisme.

- Si vous voulez sortir du nucléaire, vous pouvez déjà arrêter de consommer chez EDF. La fourniture en électricité est ouverte à la concurrence en France, et votre prochain fournisseur « vert » s’occupera illico de votre transfert.

Les espoirs sociaux / insurrectionnels / révolutionnaires portés par Nuit Debout ne trouveront pas de levier sans une analyse historique de ce qu’il s’est passé en France, comme ailleurs, depuis 1789.
Que ce soit l’embourbement de la révolution française dans la terreur, les différentes révoltes et régimes entre 1804 et 1870, la Commune, la révolution bolchévique, les grèves de mineurs et la révolution asturienne dans les années 30 (plus de 3000 morts), et récemment le printemps arabe… Les insurrections sont généralement réprimées dans le sang ou récupérées politiquement, toujours par le même genre d’élite.
N’ayons pas l’insouciance voire l’arrogance de penser qu’ici et maintenant ce sera forcément différent.
Alors comment le peuple deviendra-t-il souverain ? Quels actes poser ensemble, dès maintenant, pour retrouver une démocratie réelle et appliquer nos revendications ?

Je ne dis pas que c’est impossible, loin de là. La difficulté est simplement à la hauteur de l’enjeu.

À cet effet je vous invite chaudement de lire les deux articles suivants, qui se répondent et qui cernent très bien ce à quoi nous devons tous nous préparer.
- La chronique de Sophie Wahnich « En peuple souverain, réinventer l’insurrection de la loi » publiée il y a trois jours.
- La réflexion de Giorgio Agamben « De l’état de droit à l’état de sécurité » publiée en décembre dernier.

Pour terminer, je fais ricocher ici un peu des « Premières mesures révolutionnaires » d’Eric Hazan et Kamo. Excellent guide historique sur les insurrections passées jusqu’au printemps arabe, sur le capitalisme démocratique qui nous régit, sur les moyens d’agir actuels.

<< Mais partout il faut tenir compte d’un sentiment assez commun, la peur du chaos. Elle est sans cesse renforcée et exploitée par les idéologues de la domination mais on ne peut pas en déduire qu’elle puisse être traitée avec mépris. Personne n’envisage favorablement d’être plongée dans le noir sans rien à manger. Pour que l’immense force de rupture qui monte trouve le levier et s’en saisisse, la première condition est de dissiper cette peur qui existe en chacun de nous, de restaurer un rapport au monde débarrassé des angoisses du manque, de pénurie, d’agression qui font silencieusement la trame de l’existence normale. Mais surtout il faut parvenir à distinguer ces deux peurs que la domination amalgame avec soin : la peur du chaos et la peur de l’inconnu. Et cette dernière, c’est le moment révolutionnaire, ce qu’il ouvre, la joie qui ne manque jamais de l’accompagner, qui la transforment en appétit de l’inconnu, en soif d’inédit. Du reste, on sous-estime toujours la capacité du peuple à se dépatouiller dans les situations exceptionnelles. >>

- À SUIVRE -

Temps de lecture : entre 5 et 10 minutes

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La télé vous montre des cagoulés qui cassent des abris-bus ? Des punk à chiens apostrophant des vendeurs de merguez qui font leur biz’ sur ceux qui viennent écouter des joueurs de tam-tam sur les places ?

Qui peut sincèrement croire que c’est là ce qui rassemble des milliers de personnes depuis plus d’un mois, partout en France et dans d’autres villes du monde ?
Ces gens qui veulent tout mais ne revendiqueraient rien, qui selon Nicolas Sarkosy «n’ont rien dans le cerveau» et qui agitent les mains au-dessus de leur tête, pourquoi ne rentrent-ils pas chez eux ?

Pour moi, les Nuit-Deboutistes sont les foules qui suivent le lapin blanc dans Matrix.




Alors oui, la confrontation est en marche, les nuits se sont faites jour d’une ébullition populaire.

Et oui, c’est toujours la même histoire : la lutte des classes. Une classe produit les biens, les services et les richesses, une autre s’en déclare propriétaire.

Ce mouvement est la contestation de tous ceux qui ont essuyé trop de mépris de la part de l’élite au pouvoir, et qui ont tout à gagner. Les nuit-deboutistes ne veulent pas retourner à leur quotidien avant d’avoir regagné leur dignité citoyenne.
Alors évidemment que la classe politique et les médias des grands groupes vont le rendre impopulaire et tenter de le faire imploser ! Ils seraient les premiers à passer au goudron et aux plumes si le coup marchait, et ils le savent très bien.
La « Convergence des Luttes » est une insurrection, « horizontale », sans leader, et Nuit Debout compte bien mettre en échec les outils répressifs de l’État et de l’économie néo-libérale qui nous régissent. D’où la forte répression policière dirigée par Cazeneuve et Hollande. Oui, les actions se multiplient partout en France pour soutenir les travailleurs en lutte, organiser des blocages économiques, dénoncer les crimes du capitalisme. Sur les places publiques de plus de 200 villes les commissions, ateliers et  assemblées populaires sont occupées à repenser la société et ses fonctionnements, pour l’intérêt du plus grand nombre, avec toutes les joies et difficultés que cela implique. Les occupations d’usine en 1936 se faisaient avec des accordéons, sur la place de la République c’est avec un orchestre entier.
Plusieurs manifestes sont déjà disponibles : du mouvement lui-même, pour l’écologie, pour l’économie, pour la grève générale , une charte féministe, etc.


Si vous avez avalé la pilule rouge, à votre naissance ou récemment, si vous voulez vous faire votre propre opinion sur Nuit Debout (ce qui s’y passe dépasse largement ce que j’évoque ici, il y a du bon comme du mauvais), il suffit de vous rendre à l’une de ces nuits organisée près de chez vous, de suivre les comptes-rendus des assemblées populaires, de suivre Gazette Debout, Radio Debout, TvDebout et même le tchat, voire les pages facebook et twitter que chaque Nuit a ouvertes.

- À   S U I V R E -

Quelques actions et réflexions :
- Assemblée des proposition et processus de vote à Nuit Debout
- Commission Economie (Nuit Debout Paris) devant l’ambassade du Luxembourg
- Journées de la critique des médias
- Pour un boycott actif de l’élection présidentielle (date du 20 mars)
- « L’idée de la grève générale est donc puissante précisément parce qu’un retrait massif et prolongé du travail peut contraindre une ville capitaliste, voire une économie entière, à s’arrêter. »
- « Le maire nous disait : “C’est moi qui ai été élu, c’est moi qui décide.” On lui a prouvé le contraire » ou comment les habitants de Saillans se sont ré-approprié la démocratie.
- Marinaleda, village d’irréductibles Andalous
- « Co-construire » à Marseille
- Blocage économique des plateformes logistiques et chaînes de supermarchés
- Education Debout
- Pique nique à la frontière belge chez le gérant d’Auchan, évadé fiscal (Radio Debout 68 maris à 00:56:00)

N O T E S  &  S O U R C E S
(1) « La loi travail est-elle anti-constitutionnelle ? »
(2) « Climat, de Paris à New York on brasse du vent »
(3) Magazine Alter Eco (mai 2016), basé sur l’observatoire des inégalités, voir aussi résumé en ligne
(4) « Carlos Ghosn double les actionnaires »
(5) « BNP : profits riment avec suppression d’emplois »
(6) « EDF : des milliards pour les capitalistes, l’austérité pour les salariés »
(7) Radio Debout 65 mars à 1:02:00
(8) Nucléaire : 5 mythes économiques décryptés
(9) « La liberté de la presse connait de graves reculs en France »
(10) « Les autocrates de la pensée économique dominante »
(11) « Pourquoi j’ai quitté le cabinet El Khomri »
(12) L’évasion fiscale expliquée en trois minutes
(13) « Comment 97 des députés ont fait capoter la loi pour lutter contre l’évasion fiscale »
(14) Radio Debout 66 mars (à 2:24:30) explications sur l’évacuation des réfugiés du lycée Jean Jaurès et sur le droit d’asile
(15) Les 22 présidents africains que la France aurait fait assassiner ou participé à assassiner.
(16) « Combien coûtent les anciens présidents de la république ? »

temps de lecture : entre 5 et 10 minutes

(désolée pour les écrans de smartphones, mon site n’y est pas encore adapté)

Étant donné que la violence exprimée dans les manifestations contre la loi travail est le sujet brûlant du moment, et que la médiatisation qui en est faite sur les chaînes de télé ne reflète pas du tout ce qu’on y a vécu, je vais commencer par ça.

Tout d’abord le contexte : les attaques de Charlie Herbdo et Hyper Kasher ont eu lieu il y a à peine plus d’un an, les attaques de Paris il y a 6 mois et nous vivons depuis sous l’état d’urgence. Prolongé, et qui le sera de nouveau. En gros, l’élite au pouvoir a décidé de réduire les droits fondamentaux des Français « pour leur bien », pour leur sécurité. On a désigné un ennemi type, qui serait intérieur, et on a suggéré aux Français de se méfier de son voisin voire de le dénoncer.

À cela ajoutons que la ZAD (zone à défendre) contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des Landes irrite particulièrement le gouvernement et ses bizness partners. Cazeneuve y voit de « nouvelles formes de contestation sociale » qui seraient violentes, et qu’il faut veiller à étouffer.

Voilà pour le résumé, qui explique en partie que la doctrine du maintien de l’ordre s’est transformée en 2015. L’ACAT vient de publier son rapport sur les violences policières (avant les manifestations de mars), qui pointe l’augmentation en flèche de personnes tuées par les forces de l’ordre depuis 2012 mais aussi le fait que cette violence reste ignorée ou impunie.

« On est passé en quelques années d’une gestion de mise à distance des manifestants  (éviter de tuer et le plus possible de blesser) à une politique d’affrontement direct : là où les forces de l’ordre tentaient de repousser les manifestants, elles visent et attaquent désormais la foule avec des armes à « létalité réduite » comme le flashball. Il s’agit désormais de traiter les manifestants comme des ennemis de l’intérieur et de leur appliquer les méthodes de répression contre-insurectionnelle utilisée à l’origine contre la résistance algérienne. » (source)

Celles et ceux présent-e-s dans les récentes manifestations voient très bien de quoi il s’agit, tout comme les parisien-ne-s passant au mauvais endroit au mauvais moment.

La tournure qu’avait pris la manifestation du 29 novembre 2015 dans le cadre de la COP21 nous laissait déjà un avant-goût amer. Si l’état d’urgence interdisait les manifestations « pour notre sécurité » depuis deux semaines, et ce avec un terroriste en fuite, pourquoi la police a-t-elle contenu la foule sur la place de la République, pendant des heures, plutôt que de la disperser ? On ne nous prend jamais assez pour des cons apparemment. La situation était tellement ridicule et sans issue que les prisonniers de la place finissaient par scander en chœur :

J’en arrive donc aux manifestations contre la loi travail, coup de silex qui a embrasé Nuit Debout.

Vous avez dû entendre parler de nombreux casseurs voire de « centaines de casseurs » qui défilaient à Paris les 28 avril et 1er Mai ?

J’étais donc aux manifestations du 28 avril et du 1er mai à Paris, à chaque fois en première partie de cortège (mais pas en tête). Je n’ai constaté aucune casse, aucun débordement jusqu’à ce que la police décide d’interférer et rythmer ces manifestations. Si à chaque fois la situation a dégénéré, entraînant combats, casse et gazage à répétition, c’est toujours parce que la police avait ordre de s’étaler devant nous pour barrer le parcours du cortège, ordre de nous empêcher d’avancer indéfiniment, ordre de bafouer notre droit à circuler, à manifester, et ce sans même dialoguer avec nous. C’est une donnée très importante ! On parle de manifs déclarées ! Lorsque les médias évoquent les casses et attaques sans mentionner que le rapport de force était établi à chaque fois par les crs, cela tient soit d’une ignorance totale soit d’un parti pris flagrant.

La détermination du préfet de police – pour ne pas dire du gouvernement – était de provoquer la foule jusqu’au débordement, moment idéal pour nous charger, nous diviser, nous effrayer et nous dissuader à continuer la lutte.

Le pire exemple de cela était donc dimanche 1er mai. Ce n’était pas un cordon de syndicats qui rythmait l’avancée de la manif, mais un cordon de flics ! Il nous aura fallu deux heures éreintantes pour remonter le boulevard Diderot jusque Nation (une marche normale prendrait 20 minutes).

Ça a dégénéré très vite. Assez agoraphobe, je guettais la rue à gauche, l’unique que les flics n’avaient pas fermée. Lorsque j’ai vu un autre cordon de crs se composer dans notre dos et nous couper de la majorité du cortège, j’ai tiré les amis pour sortir du piège. D’autres ont essayé d’en faire autant mais seulement quelques uns ont réussi à s’échapper. A suivi une heure d’angoisse et de colère. Une heure sans bouger, sans céder. Tout le cortège scandait en chœur aux crs de libérer nos camarades, de nous laisser passer, que la rue était à nous et qu’ils ne nous retireraient pas notre droit de manifester. Des manifestants essayaient de leur parler, sans qu’ils leur répondent, d’autres assez agé-e-s étaient abasourdi-e-s, répétant qu’ils n’avaient jamais vécu un 1er mai pareil. À chaque fois que nous avons essayé d’avancer pacifiquement nous avons reçu des lacrymos et des grenades en réponse. Tout le monde s’en est pris plein la figure sans distinction : tous les manifestants, les journalistes, voire des riverains coincés là en tentant de rentrer chez eux. À chaque tir une nouvelle huée gigantesque de la foule, qui reprenait ses chœurs avec plus de force. Un petit groupe a réussi un instant à sortir de la nasse, essentiellement des personnes de plus de 50 ans. Les crs ont resserré le cordon. Les blessés ont commencé à se compter. Les projectiles à pleuvoir. La nasse s’est soudain vue repoussée vers l’avant, chargée sans ménagements. De l’autre côté nous hurlions, maintenant séparés d’eux de plusieurs dizaines de mètres.

C’était bien la pire stratégie de l’Etat pour nous forcer à céder. L’enjeu était devenu vital pour nous : récupérer la rue, récupérer nos acolytes, récupérer notre 1er mai. Si nous cédions maintenant, c’était accepter la mort de nos droits. Les lacrymos ont continué à pleuvoir sur nous, les grenades, les détonations. Mais au bout d’une heure on s’en était pris tellement dans la figure et dans les nerfs que nous étions comme immunisés, nous ne sursautions plus, nous ne reculions plus. Et c’est là que la police a plié.

Nous avons commencé à marcher, bras levés, slogans et gaz plein la gorge, et nous avons vu les crs faire un pas en arrière puis deux. Au troisième nous avons compris, et une secousse a emporté le cortège en avant, ivre de sa victoire.

La peur n’avait pas gagné. Mais le grabuge allait s’intensifier. Une seconde fois un cordon tenta de nous arrêter avant de retrouver les camarades piégés dans la nasse. Sur les côtés de la rue, un chantier était dissimulé derrière d’hautes plaques métalliques. Certain-e-s commencèrent à les tambouriner pour rythmer la marche de notre légion. Le bruit de l’insurrection qui monte. Plus loin, la police repliée sur un coin de rue intensifia les gazages en réponse à quelques jeunes qui leur envoyaient tout ce qu’ils avaient sous la main. Au final une bonne partie du cortège fut noyé dans le nuage irrespirable.

Je suis arrivée à Nation en tremblant, yeux en feu et migraineuse des gaz, soulagée de l’issue du blocage, de la solidarité qui avait été démontrée, exaspérée du rapport de force démontré, abasourdie – une nouvelle fois – d’être sous une gouvernance dite socialiste. Mais à Nation, comme jeudi 28 avril un piège nous attendait : toutes les avenues étaient bloquées par les crs venus en masse. Nous les regardions de loin refuser aux manifestants le droit de sortir de la place. Nous avions eu droit à cette souricière jeudi, et lorsqu’on leur demandait comment sortir ils refusaient de nous répondre. Si nous parvînmes finalement à traverser un cordon ce dimanche, plutôt intactes, beaucoup n’eurent pas cette chance.

J’allai à la recherche d’un métro qui m’emmènerait à République, où le 62 mars de Nuit Debout commençait. Alors, ce qui me choqua autant que le climat de guerre dont je venais de m’extirper, ce fut la vie ordinaire du tout Paris, ignorant du combat qui se déroulait trois rues plus loin. Par réflexe j’envoyai un sms à ma mère pour la rassurer, quoi qu’elle entende des violences et interpellations, j’étais en un seul morceau. C’était sans compter sur le lissage médiatique qui fut fait. Ma mère me dira plus tard qu’elle n’avait pas ressenti la moindre inquiétude en regardant les infos ce soir-là.

Si des flics habillés en robocops, avec tout un attirail de protection et armés se retrouvent blessés, il est facile de comprendre que, en face, ceux qui n’ont aucune armure, pas d’armes ni de protections particulières vont compter encore plus de blessés.

- À SUIVRE -

PS : Par son récent communiqué, la préfecture de police déclare que tout peut être désormais interprété comme une arme (même les lunettes de piscine ou masques de protection), lors des fouilles policières aux abords de la place de la République. Même du sérum phy’ aurait été confisqué. On en est là. Pensez à les dissimuler avant la fouille des sacs. Votre pensée est une arme aussi, ne vous la faites pas confisquer !

PS-bis : Circulent plusieurs témoignages de personnes ayant fini au poste de police pour avoir manifesté à visage couvert. C’étaient des personnes qui avaient juste utilisé lunettes de piscine et foulards contre les gazs lacrymogènes.

PS3-ter : Si vous êtes victimes de violences policières, écrivez à violencespolicieres(at)riseup.net. Le collectif ‘stop aux violences policières» (lycéens, étudants, avocats, médecins) lance un appel à témoins pour recenser et dénoncer l’usage anormal et disproportionné de la force par la police.

Autres sources :

- Témoignages de « guerre civile » fournis par des manifestants de toute la France

- Entretien avec un gardien de la paix au renseignement territorial, secrétaire général de la CGT police, qui dénonce une volonté délibérée de « dégoûter les manifestants » et raconte les coulisses des violences.

- Autopsie de la grenade de désencerclement

- Gaz lacrymogène, déjà interdit comme arme de guerre mais utilisé en usages «civils»