
Prélude à l’après-midi d’un faune – Debussy
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Dans mon sang persiste quelque chose d’éternel: la forêt mentale de l’enfant invincible qui est (en) moi. L’enfant qui à bientôt 11 ans continuait de grimper en pagne dans les arbres.
À cet endroit cohabitent le bruit du vent dans les feuilles, l’odeur de la mousse et des blés coupés, la lumière changeante qui donne sa couleur aux bois.
Il existe en moi une diversité qui est animale, assumée et vivable. Aux antipodes de l’espécisme, dans une digne équité des espèces, quelque chose de l’Orphisme. Car je suis hybride.
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<< Tous ceux qui survenaient et n’étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même.>>
Guillaume Apollinaire, Alcools
Cela m’a demandé plusieurs vies de découvrir comment m’inscrire dans ce monde, toujours si changeant. Entre macro et micro, un monde parfois trop grand ou trop petit pour être visible mais qui nous reste pourtant familier. Rien qu’au microscope nous pouvons constater que nous sommes multiples de manière biologique, alors rapportons cette idée à l’échelle 1.
<<(…)D’une voix hésitante, comme si elle redoutait l’absence de la personne désirée, elle appela: « Orlando? » Car, s’il est vrai qu’il y a (au hasard) soixante-seize temps différents qui tictaquent en même temps dans l’esprit, combien de personnalités peut-il bien y avoir – à la grâce de Dieu! – qui se trouvent toutes à s’abriter, à un moment donné, dans l’âme humaine? Certains disent deux mille cinquante-deux. Il n’y a donc vraiment rien de surprenant à ce qu’une personne, en tête-à-tête avec elle-même, appelle « Orlando? » (si c’est bien son nom) pour signifier: « Viens! Viens vite! Ce moi particulier m’ennuie à mourir. J’en veux un autre. » De là proviennent les transformations étonnantes que nous constatons chez nos amis. Mais, par ailleurs, les choses ne sont pas tout à fait aussi simples car, tout en disant, comme Orlando (ayant sans doute besoin d’un autre moi, une fois en pleine campagne), « Orlando? », on ne peut pas être sûr que le bon Orlando va se présenter, les moi dont nous sommes faits, empilés les uns sur les autres comme les assiettes sur la main d’un serveur, ont des attachements qui les éloignent de nous, des inclinations, des petites obligations et des droits qui leur sont propres – appelez ça comme vous voulez (et souvent ça n’a pas de nom) – , si bien qu’un moi n’accepte de venir que s’il pleut, un autre s’il y a des rideaux verts dans la pièce, un autre en l’absence de Mrs Jones, un autre si vous pouvez lui assurer un verre de vin, etc.; tout un chacun peut multiplier, par expérience personnelle, les divers accords passés avec lui par ses divers moi (…)>> Virginia Woolf, Orlando
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Je ressens l’ivresse des nouveaux mondes aux aguets, là aux portes de mon propre univers. L’imaginaire déploie le champ des possibles. Réels. Nous y cueille la joie des découvertes, des apprentissages, du partage. Cette incroyable magie qui fait que nous demeurons nous-même en nous transformant, encore et encore.
Alors le même verbe vient porter mes actes, quand j’entre dans une forêt, quand je joue, quand je mords d’amour: Restaurer… Et pour ne pas parjurer mon âme, je reste consciente qu’à l’intérieur il y a Pan, il y a la Nature, il y a la Lune.
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Car je suis hybride. Car je suis un faune.
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<<Ivresse de renommer les choses comme au premier matin du monde.>>
François Cheng, Cinq méditations sur la beauté

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