Puiser de l’amour

{Here in poor English}

Après les tueries du 7 janvier, aller chercher l’énergie pour travailler a été terriblement difficile. Où puiser l’amour de dessiner ? Il fallait creuser en soi, sous les décombres. Tout comme d’autres dessinateurs j’ai vécu un blocage à ce moment-là… Notre geste semblait coupé à sa source.

Les douilles vides rebondissant sur le sol parisien sont allées se loger comme des mauvaises graines, quelque part dans notre corps, entre l’idée et le trait. Parfois cette graine nous sert la gorge ou l’estomac alors qu’on s’interroge sur l’ampleur du risque à dessiner telle ou telle chose. Cette graine a fait naître des peurs et des questions qu’un dessinateur ne se poserait que sous un régime totalitaire.
Aujourd’hui, après le 13 novembre, les douilles vides se sont multipliées, et de l’horreur a germé une prise de conscience. Nous venions de perdre l’un de nos plus grands privilèges : notre insouciance. Ce privilège de ne pas nous demander ce qu’on risque à s’exprimer sur un sujet, à aller à un événement, à descendre à une terrasse, à prendre un train, un métro…

Pourtant il y a quelque chose de beau et intense qui va continuer de nous arriver, malgré nous.
On va continuer de tomber amoureux.

Ça va continuer de se produire, à Paris comme partout dans le Monde, sous les balles autant que dans le silence.
Et de l’amour il va falloir aller en puiser beaucoup si l’on veut accomplir ce qui nous attend.

Personnellement, 2015 aura été une tempête à traverser en courant, en passant entre les gouttes. Pleurer celles et ceux qui tombent, affronter l’idée d’une fin imminente.

Le 7 janvier, j’étais en bouclage de storyboard pour mon prochain livre, « Les Corps Sonores », un recueil de nouvelles sur des états amoureux. Les semaines qui ont suivi j’étais incapable de raconter l’amour. C’était quelque part sous les gravas, ça a pris du temps à retrouver. Et puis 2015 a persisté sur sa descente et alors parler d’amour semblait la seule clé, le partage primordial. Oui, on va continuer de tomber amoureux.

C’est indéniable que nous sommes actuellement traversés par des enjeux démesurés. Mais lorsque nous prenons des décisions, pour le climat, pour la géopolitique, pour notre commune et pour nos vies, quel amour y mettons-nous ?

J’ai besoin de parler d’amour. J’en ai plein mes tiroirs, j’en dessine tous les jours pour « Les Cors Sonores », alors je compte poster quelques états amoureux ici, de temps à autre. Ça ne vaut peut-être rien dans le contexte actuel mais j’y trouve du sens, et je formule l’espoir que ce sens ricoche.