Le Grand Prix est mort (tribune et dernière pensée)

En plus de mensonges affichés dans la presse, Franck Bondoux (directeur délégué etc du FIBD d’Angoulême) persiste à faire des raccourcis douteux qui laissent sous-entendre que Marjane Satrapi et moi devons au FIBD le succès de nos best-sellers respectifs et de leurs adaptations cinématographiques. Non seulement je trouve cela d’une arrogance à couper le souffle (dois-je rappeler tout le parcours de mon livre, des autres prix reçus, des 11 mois de promotion francophone et du job des libraires et autres professionnels ?) mais vu le contexte je suggère au FIBD de faire profil bas et de réfléchir à tous les dysfonctionnements de sa tuyauterie, ne serait-ce que pour les trois raisons suivantes :

– Les auteur.e.s ne doivent rien au FIBD. Le FIBD, lui, leur doit tout. Si dans deux semaines tous les auteurs décident de ne pas aller au FIBD, il sera bien dans la merde, nous non. Et ça nous économisera l’état grippal qui nous accable tous le lundi suivant.

– Les polémiques de cette semaine ont fait ré-émerger beaucoup de questions sur l’élection de l’Élu(e), ce dont il est censé être représentatif sans l’être finalement, sur le flou du mode de création de la liste et des décideurs finaux, et au final tout cela colporte la mort déjà provoquée du Grand Prix. Oui, le Grand Prix est mort. Beaucoup l’affirment : depuis les années 90 voire 80 le FIBD n’a pas su se remettre en question et suivre les mouvances de la bande dessinée contemporaine et internationale ni les suggestions des partenaires impliqués. Il serait temps qu’il le fasse car auteurs, éditeurs et passionnés préfèrent de plus en plus aller à d’autres salons pour partager, promouvoir et négocier (St-Malo, Lyon, Lucca, Napoli, Bologna, Frankfurt, Barcelona…).

– Si des journalistes avaient l’envie et la patience de mener une enquête sur tout le manque de transparence gestionnaire et les rumeurs du FIBD, nous on sortirait le pop-corn. Cette semaine, à parler autant du FIBD et subir Franck Bondoux sur les plateaux télé et radio, les gens comparent évidemment ce qu’ils en connaissent. Vu les témoignages qui circulent ou qui sont recueillis dans la confidence je me demande de plus en plus pourquoi toute la profession continue de traiter avec une telle direction de festival. Il aurait suffi qu’un seul homme s’excuse mardi dernier… Au lieu de ça on plane au niveau zéro en terme de règlements de compte et de manipulation depuis une semaine, jusqu’à monter les auteur.e.s les un.e.s contre les autres.

Il est temps que le FIBD change.

Vu l’explosion du baromètre « frustration/colère » chez les auteur.e.s cette semaine, j’espère sincèrement que chacun prendra rapidement les décisions qui s’imposent en terme de gestion, de comportement et de médiatisation (au fait, le RAAP tout ça…?!). Si nous voulons rester partenaires de métier et partager notre amour de la bande dessinée au public, il est impératif qu’un dialogue humble et respectueux s’installe.

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Le site Slate m’a offert de publier une tribune (leur requête concernant la façon dont cette semaine le débat avait encore tourné autour d’un homme, Riad Sattouf, le premier à se désister de la liste du Grand Prix, plus qu’autour du Collectif des créatrices bd contre le sexisme, instigatrices du boycott du vote), cette tribune est en ligne depuis vendredi à cette adresse.
And I’m very grateful that a friend of mine (who’d rather stay anonymous) translated my column in English. You can read it here.