Journée internationale de la visibilité trans

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Aujourd’hui a lieu, comme chaque 31 mars, la journée internationale de la visibilité trans, un moment idéal pour célébrer le spectre des identités trans et pour aborder les problématiques trans et la transphobie.
Ma propre expérience trans est un processus sans finalité. Ça m’a pris des années de comprendre mon identité trans et de l’embrasser. Enfant et ado je ne m’identifiais pas plus mec que je ne m’identifiais nana. Féminité et masculinité étaient des mots vides de sens pour moi, comme s’ils ne me concernaient pas. D’autres adjectifs me venaient en tête pour décrire ce que les gens entendaient par ces deux mots, d’autres qualités et dynamiques au-delà du genre. Le problème c’est que notre société repose sur cette dualité. Des violences systémiques sont constamment perpétrées sur base de cette dualité. Bien sûr ce n’est en rien problématique de se sentir appartenir au genre masculin ou féminin ! Ce que j’essaie de dire – qui regarde seulement ma propre expérience – c’est que j’ai souffert de ma dysphorie de genre silencieusement, et ça m’a pris des années de réclamer le droit de me sentir chez moi dans mon corps. Avoir pratiqué ma mastectomie il y a plus d’un an a totalement changé ma vie. Une renaissance. Lorsque j’ai regardé dans le miroir pour la première fois, c’était comme me reconnaître après 20 ans d’absence. Ce fut l’un des moments les plus puissants et heureux de mon existence. Depuis 10 mois j’ai commencé un autre voyage : les hormones. Je ne sais pas où elles me mèneront, comme je l’ai dit je considère mon expérience trans comme un processus sans finalité. Il existe quantité de manières d’être trans, et si vous prêtez l’oreille vous sentirez toute une symphonie d’oiseaux.
Sur mon post instagram j’ai laissé à qui le souhaite la possibilité de mon poser des questions, et cela est fait avec bienveillance. Comprenez que je n’ai pas l’obligation de répondre si je me sens mal à l’aise. J’ai subi suffisamment de harcèlement et d’insultes pour sentir une ou deux blessures picoter lorsque certaines questions ressurgissent. S’il vous plaît comprenez également que je ne détiens pas toutes les réponses, que mon expérience trans est un voyage au cours duquel j’apprends tous les jours, et où je peux me sentir différemment, en expansion, d’un jour à l’autre.

Pour anticiper certaines questions :
– Ma façon de m’identifier peut bouger, comme on appelle l’eau aussi glace, pluie, vapeur, brume, mais elle reste avant tout de l’eau. Je m’identifie comme trans, ce qu’il m’arrive de préciser comme agenre, fluide, genderqueer, genderfuck, neutre/neutrois, pangenre, mais dans tous les cas transgenre non binaire (même s’il est vrai que je ne suis pas super en joie à me faire appeler un ‘non’ quelque chose).
– Il y a un an j’ai commencé à écrire mon histoire trans, depuis mon enfance jusqu’à mon opération. Toutefois, peu après me sont arrivées des insultes et des messages passifs-aggressifs à propos de mon travail sur internet, de la part d’inconnu.e.s de ma communauté lgtbq+. On m’accusait d’être une personne cisgenre transphobe et opportuniste qui se faisait de la visibilité et de la thune grâce aux thématiques trans, sans qu’on me demande quelles étaient mes motivations et s’il se trouvait que je sois trans. Dans un contexte normal j’en aurais beaucoup ri, tellement la situation était ridicule et ironique. Malheureusement ce n’était pas un contexte normal. L’anecdote n’est produite peu de temps après mon opération et j’étais très vulnérable physiquement et émotionnellement. Mon corps était encore empoisonné par l’anesthésie, je n’ai pas dormi pendant des mois car un aspect de l’opération a réveillé la mémoire d’un des pires traumas de ma vie, et je devais travailler d’arrache pied pour respecter les délais de mon livre. Donc non, je n’ai pas ri du tout, la chose fut vécue douloureusement, j’ai cessé d’écrire mon histoire trans et j’ai repoussé à plus tard toute idée de coming out public. Peut-être que j’en reprendrai l’écriture cette année. L’été dernier j’avais lu l’excellente analyse « Why are queer people so mean to each other » par Kai Cheng Thom, l’autrice du livre « « Fierce Femmes and Notorious Liars: A Dangerous Trans Girl’s Confabulous Memoir » recompensé du Lambda Award, et je ne peux que vous suggérer de le lire!
– Si vous êtes une personne trans et que votre identité de genre souffre du confinement antivirus actuel, je vous comprends bien ! Peut-être partagez-vous le confinement avec quelqu’un qui ne sait rien de votre identité trans ou ne la respecte pas, et vous ne vous sentez pas capable de vous exprimer pleinement en cette période difficile. Ou vous ne pouvez pas suivre correctement certains aspects médicaux ni votre thérapie, vous avez l’obligation d’aller dans une pharmacie non transfriendly parce qu’elle est plus proche de votre domicile, vous avez dû renoncer à l’opération que vous attendiez depuis des années, vous ne pouvez plus vous rendre aux réconfortantes activités trans qui vous apportent joie et soulagement. Vous souffrez peut-être d’une solitude intérieure supplémentaire et d’une détresse, comme j’ai moi-même senti durant mon voyage trans, mais je peux vous l’assurer : vous serez aimé.e ! Vous êtes déjà aimé.e. Et vous serez aimé.e. Vous serez aimé.e.

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