Journée internationale contre les LGBTQ+phobies

{In English on my Instagram at this link}

molotov_v2_web2

Nous sommes des cocktails molotv.
Nous, guerrie.re.s rainbow et sorcières queer, n’estimons plus être une minorité. Voyez nous partout nous lever. Voyez nous partout sortir des placards. Partout faire l’amour.
Vous nous avez donné une bouteille de vodka pour y noyer notre chagrin. Vous nous avez offert cette consolation pour garder votre monde hétéronormatif bien tranquille. Vous pensiez que Cronos continuerait à dévorer ses enfants alcoolisés.
Vous nous avez donné une bouteille de vodka mais nous en avons fait un molotov.
Maintenant… regardez plutôt.

Love letter to Bologna

{In Italiano sul mio Instagram a questo link}

Bologna_webdef

Bologna, Bologna, Bologna…
Every day I walk through your streets and yet, you’re absent.
Your porticos are a giant empty ribcage where only the wind slides. The confetti that usually spread everywhere for the graduated students have now disappeared since a while. The protests clamor and the embrace during the activists meetings all seem a distant echo.
This silent city, this isn’t you. You, Bologna, you roar. Your ribcage lives only for screaming slogans and statements at the top of your lungs. For you are a pirate island resisting the patriarchal and capitalist tumult assaulting the world. You’re the feminist anar’ ecolo’ queer punk trans faggot dyke witchy outcast tireless and surefooted crowd. The crowd that doesn’t compromise their values nor when it’s time to dance till dawn.
Bologna Bologna Bologna… Here with this drawing I invoke the present New Moon in Taurus to call upon your powerful soul. Come back to your body. Make the furor rebound on your colorful walls once again. Here’s my love to you.

Journée internationale de la visibilité trans

trio-compo

{In English on my instagram}

Aujourd’hui a lieu, comme chaque 31 mars, la journée internationale de la visibilité trans, un moment idéal pour célébrer le spectre des identités trans et pour aborder les problématiques trans et la transphobie.
Ma propre expérience trans est un processus sans finalité. Ça m’a pris des années de comprendre mon identité trans et de l’embrasser. Enfant et ado je ne m’identifiais pas plus mec que je ne m’identifiais nana. Féminité et masculinité étaient des mots vides de sens pour moi, comme s’ils ne me concernaient pas. D’autres adjectifs me venaient en tête pour décrire ce que les gens entendaient par ces deux mots, d’autres qualités et dynamiques au-delà du genre. Le problème c’est que notre société repose sur cette dualité. Des violences systémiques sont constamment perpétrées sur base de cette dualité. Bien sûr ce n’est en rien problématique de se sentir appartenir au genre masculin ou féminin ! Ce que j’essaie de dire – qui regarde seulement ma propre expérience – c’est que j’ai souffert de ma dysphorie de genre silencieusement, et ça m’a pris des années de réclamer le droit de me sentir chez moi dans mon corps. Avoir pratiqué ma mastectomie il y a plus d’un an a totalement changé ma vie. Une renaissance. Lorsque j’ai regardé dans le miroir pour la première fois, c’était comme me reconnaître après 20 ans d’absence. Ce fut l’un des moments les plus puissants et heureux de mon existence. Depuis 10 mois j’ai commencé un autre voyage : les hormones. Je ne sais pas où elles me mèneront, comme je l’ai dit je considère mon expérience trans comme un processus sans finalité. Il existe quantité de manières d’être trans, et si vous prêtez l’oreille vous sentirez toute une symphonie d’oiseaux.
Sur mon post instagram j’ai laissé à qui le souhaite la possibilité de mon poser des questions, et cela est fait avec bienveillance. Comprenez que je n’ai pas l’obligation de répondre si je me sens mal à l’aise. J’ai subi suffisamment de harcèlement et d’insultes pour sentir une ou deux blessures picoter lorsque certaines questions ressurgissent. S’il vous plaît comprenez également que je ne détiens pas toutes les réponses, que mon expérience trans est un voyage au cours duquel j’apprends tous les jours, et où je peux me sentir différemment, en expansion, d’un jour à l’autre.

Pour anticiper certaines questions :
– Ma façon de m’identifier peut bouger, comme on appelle l’eau aussi glace, pluie, vapeur, brume, mais elle reste avant tout de l’eau. Je m’identifie comme trans, ce qu’il m’arrive de préciser comme agenre, fluide, genderqueer, genderfuck, neutre/neutrois, pangenre, mais dans tous les cas transgenre non binaire (même s’il est vrai que je ne suis pas super en joie à me faire appeler un ‘non’ quelque chose).
– Il y a un an j’ai commencé à écrire mon histoire trans, depuis mon enfance jusqu’à mon opération. Toutefois, peu après me sont arrivées des insultes et des messages passifs-aggressifs à propos de mon travail sur internet, de la part d’inconnu.e.s de ma communauté lgtbq+. On m’accusait d’être une personne cisgenre transphobe et opportuniste qui se faisait de la visibilité et de la thune grâce aux thématiques trans, sans qu’on me demande quelles étaient mes motivations et s’il se trouvait que je sois trans. Dans un contexte normal j’en aurais beaucoup ri, tellement la situation était ridicule et ironique. Malheureusement ce n’était pas un contexte normal. L’anecdote n’est produite peu de temps après mon opération et j’étais très vulnérable physiquement et émotionnellement. Mon corps était encore empoisonné par l’anesthésie, je n’ai pas dormi pendant des mois car un aspect de l’opération a réveillé la mémoire d’un des pires traumas de ma vie, et je devais travailler d’arrache pied pour respecter les délais de mon livre. Donc non, je n’ai pas ri du tout, la chose fut vécue douloureusement, j’ai cessé d’écrire mon histoire trans et j’ai repoussé à plus tard toute idée de coming out public. Peut-être que j’en reprendrai l’écriture cette année. L’été dernier j’avais lu l’excellente analyse « Why are queer people so mean to each other » par Kai Cheng Thom, l’autrice du livre « « Fierce Femmes and Notorious Liars: A Dangerous Trans Girl’s Confabulous Memoir » recompensé du Lambda Award, et je ne peux que vous suggérer de le lire!
– Si vous êtes une personne trans et que votre identité de genre souffre du confinement antivirus actuel, je vous comprends bien ! Peut-être partagez-vous le confinement avec quelqu’un qui ne sait rien de votre identité trans ou ne la respecte pas, et vous ne vous sentez pas capable de vous exprimer pleinement en cette période difficile. Ou vous ne pouvez pas suivre correctement certains aspects médicaux ni votre thérapie, vous avez l’obligation d’aller dans une pharmacie non transfriendly parce qu’elle est plus proche de votre domicile, vous avez dû renoncer à l’opération que vous attendiez depuis des années, vous ne pouvez plus vous rendre aux réconfortantes activités trans qui vous apportent joie et soulagement. Vous souffrez peut-être d’une solitude intérieure supplémentaire et d’une détresse, comme j’ai moi-même senti durant mon voyage trans, mais je peux vous l’assurer : vous serez aimé.e ! Vous êtes déjà aimé.e. Et vous serez aimé.e. Vous serez aimé.e.

Journée internationale contre les lgbtqi-phobies

Tant que les enfants de l’arc-en-ciel continueront d’être traqués, emprisonnés, assassinés, aucune révolution ne sera pérenne. Contre le patriarcat blanc colonialiste, dressons des barricades de cris, de baisers, de slogans, de caresses, de bruits de tambour dans chaque rue. Aujourd’hui, demain, vite.

17mai-groupe-web

 

À l’occasion de la parution de the artist edition de « Le bleu est une couleur chaude » récemment en Italie, l’éditeur m’a proposé d’écrire une postface au récit. Une pensée exprimée depuis là où je me tiens désormais, avec la distance des années écoulées depuis la première parution du livre. En voici la version française.

MAROH002ISBN_0

Clémentine et Emma ont fait leur coming-out il y a tout juste huit ans, alors que leur histoire sortait dans les librairies et bibliothèques francophones. Ni moi ni l’éditeur ne nous attendions à ce qu’elles allaient provoquer chez les gens, et le tirage fut épuisé en trois semaines. Aujourd’hui leur récit est raconté dans une dizaine de langues et aussi au cinéma. Personnellement je ne saurai jamais expliquer un tel destin, et j’ai toujours cru qu’il y avait un facteur chance indéniable. Sont publiés chaque semaine tant de livres sincères et puissants qui malheureusement n’auront pas cette opportunité.
Alors pourquoi Clémentine et Emma ? Qu’ont-elles changé dans la vie des gens ?
Ces derniers temps on me demande souvent si ce livre est encore d’actualité, si – en gros – un vent de tolérance n’aurait pas balayé l’homophobie que j’y dénonce. Lorsqu’on me pose cette question, se rappelle à moi l’intensité de ces huit dernières années vis-à-vis des droits des personnes lgbtqi+, tout autant que les affrontements autour des questions de genre et d’hétéronormativité. Se rappellent à moi tous les courriers de remerciements et tous les témoignages reçus du monde entier. Les très violentes menaces de mort proférées à mon attention pour avoir fait ce livre et être ouvertement lesbienne. Les pressions gouvernementales et journalistiques exercées sur ma traductrice iranienne et son entourage simplement parce qu’elle avait traduit mon livre en persan. Le mariage ouvert aux homosexuels dans une quinzaine de pays. L’union civile dans divers autres. Des remparts idéologiques et homophobes qui se dressent de toutes parts. En France au moment du vote pour le mariage gay, on constate une augmentation des jeunes homos mis à la rue par leurs familles, et les témoignages d’homophobie qui triplent. Depuis 2012 la transexualité est enfin rayée du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. La même année aux Etats-Unis, un rapport montre que 45% des crimes haineux concernent des femmes trans, et 87% des victimes des crimes anti-lgbtqi+ sont des personnes de couleur. En parallèle, en Occident la « théorie du gender » devient le nouveau bouc-émissaire des traditionalistes et des chrétiens. En Russie, arrive l’instauration de la loi anti « propagande gay ». Commencent les tortures et meurtres d’homosexuels en Tchétchénie, tombés dans l’oubli ces derniers mois. Au printemps 2016, un meurtre de masse a lieu dans un gay bar mexicain, 15 personnes sont tuées. Les médias européens ne l’évoqueront – à peine – que deux semaines plus tard car l’atrocité se reproduit dans un nightclub gay d’Orlando aux USA. 49 personnes y sont assassinées, 58 autres blessées. C’est l’attaque terroriste la plus meurtrière aux USA depuis le 11 Septembre. Alors pourquoi l’identité de genre et le sentiment amoureux continuent-ils à être autant attaqués ? Pourquoi les personnes lgbtqi+ sont-elles persécutées et assassinées partout dans le monde et à nos portes ? Et surtout… que pouvons-nous y faire, chacun de nous ? Quel est notre pouvoir de transformation du monde ?

Vous vous dites que je ne fais que poser des questions sans y répondre, en tous cas pas directement. Mais moi conteuse, je suis « ici » pour poser des questions justement, pour ouvrir des portes, non les fermer.

Depuis plusieurs années, dans chaque pièce où je travaille, j’accroche au mur une phrase de Goliarda Sapienza : « Quelqu’un qui raconte est quelqu’un qui guérit ». Raconter, donner à comprendre, se nourrir d’imaginaires multiples, c’est un terreau fertile où surgit le lien social, où fleurit l’humanité dans sa diversité. Représenter cette diversité, la sortir de l’ombre, lui rendre justice, c’est là un enjeu important de notre société actuelle. Asseyons-nous en cercle et continuons de raconter nos amours.

Importuner : définition

importuner-partie1
(cliquer pour zoomer)

importuner-milieu-defweb

Le patriarcat s’est constitué autour des rôles attribués au masculin et au féminin. Comme dans la tribune des 100, l’une des clés de voûte du patriarcat est de considérer la femme disponible pour l’homme et soumise à son bon désir. Dans la tribune des 100 comme dans le patriarcat, l’homme est invité à importuner la femme au nom de sa seule liberté sexuelle, ou de ses pulsions masculines incontrôlables et tout à fait pardonnables, ou encore sa fabrication quotidienne de sperme ou la survie de l’espèce, il n’y a qu’à choisir la notion que vous ayez le plus entendu. Sachant que le féminisme s’emploie à déconstruire les rôles attribués au masculin et au féminin, prétendre faire féminisme en perpétuant une clé de voûte du système hétéropatriarcal, c’est assez gênant.
Plutôt que de tout mélanger, de saboter le boulot militant opéré à échelle internationale ces derniers temps et de parler d’un type de harcèlement et d’agression qu’elles n’ont visiblement pas connu (imaginer Catherine Deneuve dans le RER a fait rire beaucoup de monde cette semaine), les 100 auraient mieux fait d’ouvrir un dictionnaire. Elles auraient saisi la dimension morale et légale de ce qui est en jeu  : le non-consentement.
Victime : Toute personne qui a subi un préjudice corporel, matériel ou moral, ou qui a péri dans une guerre, une catastrophe, un accident, un meurtre, etc.
Harcèlement : Soumettre quelqu’un à de continuelles pressions, sollicitations, critiques, attaques.
Agression sexuelle : Toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise.
Importuner : Fatiguer quelqu’un d’une manière continue, par une action intempestive.

importuner-lastpart

SOURCES ET LIENS :
La tribune des 100 (en accès gratuit)
La réponse de 30 militantes féministes
La réponse d’un collectif de 200 signataires (dont je fais partie)
– Catherine Millet et Brigitte Lahaie semblent avoir un rapport assez malsain au viol (l’une voudrait avoir été violée pour prouver au monde qu’elle s’en sortirait mieux que celles qui souffrent d’avoir subi un viol, et l’autre déclare qu’on peut jouir lors d’un viol, il n’y a qu’un pas entre la banalisation du viol et l’appel au viol) et se positionnent dans un jugement de valeur face aux victimes de viol et de harcèlement, un jugement méprisant, sans empathie, niant toutes les données impliquées dans un viol alors même qu’elles signent une tribune qui commence par « le viol c’est mal ». De surcroît elles passent complètement à côté du sujet. Le sujet ce n’est pas le barème d’horreur des viols et la capacité à s’en sortir, le sujet c’est : les viols et les agressions sexuelles ne doivent pas se produire. Point.
À elles, à Sophie De Menthon et ses sorties hallucinantes (culture du viol, slut shaming, minimisation des agressions)  on peut leur suggérer d’aller faire une analyse sur leur rapport à la séduction et à l’agression, mais je leur dirais de choisir un.e psy, coach ou sexologue hors de la liste des 100 car au vu de ce qu’elles rédigent il semble clair que l’empathie et la compréhension de la détresse ne soit pas leur fort.
– À propos du projet de loi sur le consentement en Suède, ici et .
– Article de Sylvain Pattieu en réponse à la tribune des 100 : Liberté d’importuner, non merci.
– EDIT : Je constate après publication que Causette et moi avons utilisé la même méthode de copie corrigée ! Vous pouvez lire leur version à ce lien.

Le secret des…

Hommage à la websérie Le secret des cailloux qui brillent ! Si vous ne connaissez pas encore cette super série d’aventure et de magie, pleine de puissants personnages féminins / de couleur / lgbtq+, c’est le moment de commencer -> par le début !

queers-qui-brillent-web

La version HD de mon dessin sera envoyée aux abonné-e-s du Patréon cette semaine, avec quelques fonds d’écran tirés des derniers épisodes. Abonnez-vous !! (1€ par épisode ça vaut vraiment le coup)